Faïence de Moustiers : comment reconnaître une signature authentique ?

Jean-Michel Perrin

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Un plat qui traîne depuis des années sur un vaisselier de famille, une assiette chinée sur un marché de Provence, un pichet acheté sur un coup de cœur en brocante… Derrière ces objets se cache parfois une vraie Faïence de Moustiers, parfois une simple imitation décorative. Entre les deux, la différence peut se jouer à quelques coups de pinceau, à une initiale au revers ou à la teinte légèrement laiteuse d’un émail. Pour celui qui aime la maison, la belle table et les histoires d’atelier, savoir lire une signature authentique, ce n’est pas seulement une affaire de cote, c’est une façon de respecter un savoir-faire de plusieurs siècles.

L’enjeu est concret. Une céramique Moustiers du XVIIIe bien attribuée peut mériter une expertise, une assurance, voire un passage en salle des ventes. À l’inverse, une fausse marque ajoutée sur une pièce banale ne vaut pas plus qu’un objet décoratif courant. Le quotidien d’un collectionneur amateur ressemble souvent à celui d’un bricoleur en plein chantier : on avance à petits gestes, on vérifie, on démonte les idées reçues, on confronte ce qu’on voit avec l’histoire du matériau. L’authentification faïence fonctionne sur le même principe, à condition de savoir où poser le regard.

Les lignes qui suivent proposent un parcours pratique pour reconnaître une faïence de Moustiers sans se fier uniquement à l’intuition. Lecture des marques, observation de la pâte et de l’émail, cohérence des décors, estimation, entretien, pièges de marché… Chaque partie apporte des repères visuels et des réflexes utiles quand on tient une pièce entre les mains. L’idée n’est pas de transformer tout le monde en expert de salle des ventes, mais de donner assez de clés pour trier rapidement ce qui mérite un avis spécialisé de ce qui peut rester une jolie pièce de déco, à poser près d’un mur couleur vert canard ou d’un buffet en chêne patiné.

En bref

  • Regarder d’abord le revers : emplacement de la marque, bourrelet d’émail, couleur et texture de la pâte donnent des indices immédiats sur l’authenticité de la poterie provençale.
  • Ne jamais se fier uniquement à la signature : une marque Clérissy ou Olérys doit toujours être cohérente avec le décor, l’émail et la période supposée.
  • Apprendre à lire les décors : Bérain, Tempesta, grotesques, guirlandes fleuries… chaque motif renvoie à une époque et à des techniques faïence précises.
  • Contrôler l’état et les restaurations : retouches modernes, collages, surpeintures influencent directement la valeur dans une collection faïence.
  • Passer par une estimation sérieuse dès que la pièce paraît ancienne ou bien conservée, plutôt que de se contenter d’une recherche rapide sur internet.

Faïence de Moustiers et marques au revers : où et comment lire une signature authentique

Reconnaître une signature authentique commence par un réflexe simple : retourner systématiquement la pièce. Le revers concentre la plupart des indices fiables, bien plus que la face décorée. Sur un plat ou une assiette, la marque se trouve le plus souvent au centre du fond ou légèrement décalée, parfois au niveau du talon. Sur un vase ou un pichet, elle apparaît plutôt sur la base, parfois discrète, presque timide. Certaines pièces portent aussi une mention plus confidentielle sur l’intérieur du pied ou sur le rebord interne, détail qu’on oublie facilement quand on se contente d’un coup d’œil rapide.

Une véritable Faïence de Moustiers ancienne laisse presque toujours une trace technique : le fameux bourrelet d’émail au bord de l’aile. Il s’agit de cet épaississement légèrement irrégulier qui se forme quand l’émailleur plonge ou arrose la pièce avant cuisson. Sur les productions artisanales du XVIIIe, ce bourrelet a du relief, il accroche la lumière et garde parfois de minuscules coulures. Sur une fabrication industrielle moderne, la couche d’émail est souvent plus uniforme, comme “tirée au rouleau”, sans ce petit accident de matière qui trahit la main.

Les marques elles-mêmes prennent des formes variées. Les ateliers historiques ont utilisé des sigles, des initiales, parfois une inscription entière. Les Clérissy se contentaient souvent d’initiales comme G.V.F ou G. Viry f. Moustiers, posées à la main. La manufacture Olérys aimait le sigle OL, la lettre O traversée d’un L, parfois accompagnée des initiales du peintre. Les Ferrat jouaient avec des combinaisons de lettres comme Ef, AF ou F isolé. Dans tous les cas, la marque reste manuscrite, posée au pinceau, avec une légère hésitation dans le trait.

Cette petite irrégularité fait la différence. Sous la loupe, une signature authentique montre une densité d’oxyde variable, des démarrages de lettres plus chargés, des fins de trait qui s’affinent. Une fausse marque imprimée ou transférée apparaît au contraire trop régulière, quasiment mécanique. Parfois, on distingue même une trame de points ou un bord flou qui signale une impression. Sur une pièce signée “à l’ancienne” mais produite récemment, le bleu peut paraître trop homogène, sans ces infimes variations qu’offre un coup de pinceau sûr mais humain.

Autre point souvent oublié : l’absence totale de marque ne signifie pas forcément copie. Beaucoup de poterie provençale ancienne, surtout en grand feu décoré en camaïeu bleu, n’a jamais été signée. Pour un service destiné à l’usage courant plutôt qu’à la commande prestigieuse, l’atelier n’ajoutait pas toujours ses initiales. Dans ce cas, l’authentification faïence passe davantage par la lecture de la pâte, de l’émail et du décor que par une inscription miraculeuse au revers.

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Les faussaires, eux, connaissent la soif de signature des amateurs. Sur le marché, on croise régulièrement des assiettes ou plats portant un “Olérys” ou un “Fouque à Moustiers” bien affirmé, alors que le décor manque de finesse, que l’émail brille comme une salle de bain neuve et que la pâte sonne creux. Un plat authentique du XVIIIe, lorsqu’on le fait vibrer délicatement en le tenant par le bord, produit souvent un timbre clair, légèrement grave, presque musical. Les terres modernes, plus denses ou plus vitrifiées, rendent un son plus sec, moins ample.

Un exemple concret illustre cette vigilance. Sur une vente en province, un grand plat marqué “Olérys” attire l’œil par son décor en partie “à la Bérain”. De loin, tout semble cohérent. En main, le dessin se révèle pourtant hésitant, les arabesques manquent de tension, et la couleur bleu cobalt paraît anormalement régulière. Le revers montre une pâte très blanche, presque clinique, et un émail sans bourrelet. Après examen, l’expert conclut à une pièce du XXe siècle décorée d’après Moustiers, avec une marque apocryphe. L’estimation chute de plusieurs milliers d’euros à une centaine tout au plus.

Dans la pratique, la règle tient en une phrase : une signature authentique ne suffit jamais seule, elle doit toujours s’accorder avec la matière, le décor et le son de la pièce.

Faïence de Moustiers : comment reconnaître une signature authentique ?

Origines de la céramique de Moustiers et liens entre histoire, décors et signatures

Pour lire correctement une marque, il faut replacer la céramique Moustiers dans son histoire. Le village de Moustiers-Sainte-Marie commence à produire de la faïence à la fin du XVIIe siècle. Il profite d’un trio de ressources précieuses : une argile claire, fine, adaptée à la pâte, des sources d’eau pour le travail et la préparation des barbotines, et du bois en quantité suffisant pour alimenter des fours exigeants. Ce contexte géographique explique pourquoi la localité est devenue un pôle de poterie provençale plutôt qu’un simple village de montagne.

Dès les premières décennies, les ateliers misent sur un émail très blanc, presque laiteux, posé sur une pâte claire. Cette base lumineuse permet des décors raffinés, initialement en camaïeu bleu inspiré des porcelaines d’Extrême-Orient. On parle alors de cuisson au grand feu. Le décor est posé avant la cuisson finale, et l’ensemble passe au four à haute température en une seule fois. La palette reste réduite, mais les couleurs gagnent en densité et en fusion avec l’émail.

Au XVIIIe siècle, la demande évolue, notamment sous l’influence de la noblesse et des commandes armoriées. Les ateliers introduisent des techniques de petit feu. Concrètement, la pièce est d’abord cuite avec son décor de base, puis repasse au four à température plus basse pour fixer d’autres couleurs grâce à des oxydes supplémentaires. Cette évolution permet l’apparition de polychromies plus riches, avec des verts, jaunes, bruns, pourpres qui complètent le bleu traditionnel. Pour l’authentification faïence, cette donnée est essentielle : une palette très vive sur une forme classique présentée comme “début XVIIIe” mérite vérification.

Les décors eux-mêmes suivent les modes. Le “Tempesta”, avec ses scènes de chasse dynamiques, chevaux cabrés et rinceaux végétaux, domine de la fin du XVIIe jusqu’aux années 1730. Viennent ensuite les célèbres décors “à la Bérain”, tout en arabesques aériennes, coussins, baldaquins légers, motifs suspendus. On trouve aussi les grotesques, petites figures drôles posées sur des terrasses, importées d’Italie, et les guirlandes fleuries qui encerclent un centre plus sobre. Chaque décor trahit son époque autant que sa main.

Les marques faïence s’inscrivent dans cette chronologie. Un sigle Clérissy ou Olérys posé sous une polychromie exubérante dans un style très XIXe pose problème. À l’inverse, une assiette en bleu sobre, non signée, mais avec un décor Bérain d’une grande élégance, une pâte légèrement ivoire et un émail discrètement craquelé peut très bien sortir d’un atelier historique malgré l’absence de nom. L’histoire donne un cadre à la signature. Sans elle, on lit la marque comme une simple étiquette, alors qu’elle devrait fonctionner comme un élément parmi d’autres dans une enquête visuelle.

Cette lecture historique a aussi une dimension très concrète pour l’aménagement intérieur. Un grand plat Bérain du XVIIIe ne se pose pas sur n’importe quel mur fraîchement repeint avec une peinture bas de gamme. Comme pour le choix de la bonne peinture intérieure de qualité, reconnaître la bonne période de la faïence permet de lui donner un environnement cohérent, qui respecte sa matière autant que son dessin.

Depuis les années 1970, Moustiers connaît un renouveau. Des ateliers contemporains reprennent les formes, les décors et même certaines signatures anciennes, en ajoutant souvent une mention “peint main à Moustiers”. Ces productions ne sont pas des copies au sens frauduleux du terme, mais des relectures. Elles complètent utilement une collection faïence pour un usage quotidien, à condition de ne pas les confondre avec leurs ancêtres du XVIIIe quand vient le moment de l’estimation.

Un passage au musée de la faïence de Moustiers aide beaucoup. En comparant côte à côte une assiette Tempesta du XVIIe, un plat Bérain du XVIIIe et une création contemporaine, on mesure vite l’évolution de la pâte, la nuance de blanc de l’émail, l’assurance du trait. Une signature ne se lit plus de la même façon après cette expérience. Elle devient la conclusion d’une histoire matérielle, pas un simple mot écrit au dos de l’objet.

En résumé, plus l’histoire des origines Moustiers est claire dans l’esprit, plus la lecture des signatures gagne en précision et en recul critique.

Observation de la pâte, de l’émail et des décors : la méthode pour reconnaître une faïence de Moustiers en main

Une fois la question de la marque posée, la vraie différence se fait sur la matière. La pâte d’une Faïence de Moustiers ancienne est généralement fine, de couleur crème ou ivoire clair au revers. Elle peut présenter de petites inclusions, des traces d’outils, parfois un léger effet de “peau d’orange” sur les zones non émaillées. Au toucher, elle paraît plus légère que le grès et moins dure que la porcelaine. Quand on la cogne doucement avec l’ongle, elle résonne sans excès, avec ce son clair mais content qui rappelle un verre épais plutôt qu’un bol de cuisine industrielle.

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L’émail, lui, fait souvent toute la poésie de ces pièces. On parle de blanc laiteux, voire de blanc crémeux. Ce n’est ni un blanc froid comme certaines porcelaines modernes, ni un blanc cassé trop jaune. Sur les objets anciens, l’émail peut montrer un réseau très fin de craquelures, presque comme une peau très sèche. Ces micro-fissures, nées du temps, se logent de façon assez régulière dans la surface. Elles ne doivent pas être confondues avec de grosses fêlures ou des craquelures artificielles créées pour faire “ancien”. Sous la lumière rasante, un œil entraîné distingue vite un réseau naturel d’une patine forcée.

Le décor peint au pinceau reste la clé principale pour reconnaître une faïence. Sur une pièce authentique, les traits ont du rythme. Les lignes s’épaississent dans les courbes, s’affinent dans les retours, laissent parfois deviner un repentir, une feuille reprise, une volute légèrement modifiée en cours de route. En lumière latérale, le décor se sent presque sous le doigt, surtout pour les couches de bleu plus chargées. Une impression mécanique, au contraire, reste plate, sans relief, avec un motif strictement identique d’une assiette à l’autre.

Pour structurer l’examen, certains amateurs aiment se faire une petite checklist mentale. Elle ressemble à celle d’un bricoleur qui vérifie un support avant de choisir son carrelage et sa colle : on regarde la planéité, la matière, la solidité. Sur la faïence, les critères sont autres, mais la logique reste la même.

  • Regarder d’abord le revers : pâte, bourrelet d’émail, traces de cuisson, éventuels numéros ou lettres isolées.
  • Observer l’émail en lumière rasante : homogénéité, micro-craquelures naturelles, petites bulles éventuelles sur les pièces anciennes.
  • Analyser le décor : traits de pinceau visibles, variations d’intensité du bleu ou des autres couleurs, éventuelles hésitations ou reprises.
  • Tester le son avec prudence : léger tapotement du bord, sans excès, pour vérifier la résonance et détecter d’éventuels fêles internes.
  • Chercher les restaurations : zones plus mates, différences de brillance, lignes de collage, petites plages repeintes.

La confrontation des décors avec ce qu’on sait des ateliers aide ensuite à affiner. Un plat aux grotesques très libres, avec des personnages presque caricaturaux, peut renvoyer à une certaine période. Un service aux guirlandes fleuries, aux teintes vives mais encore sages, évoque plutôt la seconde moitié du XVIIIe. À l’inverse, des fleurs très plates, répétées sans nuance, sur un fond blanc criard, trahissent souvent des productions tardives “d’après Moustiers”.

Pour donner quelques repères concrets, on peut résumer certains grands types en tableau, ce qui facilite la comparaison quand on a une pièce en main.

Type d’objetAtelier ou style typiqueCaractéristiques visuellesIndice de valeur potentielle
Plat à décor BérainOlérys et ateliers XVIIIeArabesques fines, personnages stylisés, bleu cobalt nuancéSouvent élevé si bon état et décor complet
Pichet zoomorphe (animal)Clérissy et suiveursForme travaillée, émail laiteux, détails de museau ou de queue soignésIntéressant, surtout en paire et sans restauration lourde
Vase balustre polychromeFerrat et ateliers de petit feuPalette vive, guirlandes colorées, scènes centrales parfois armoriéesFort potentiel sur le marché si provenance documentée

Un cas souvent cité dans les discussions entre amateurs concerne une jardinière à anses en forme de chimères repérée chez un antiquaire régional. Le décor, très élégant, laissait penser à une production XVIIIe. L’examen attentif révèle cependant des reprises modernes sur les anses, avec une peinture légèrement plus mate, et une pâte un peu plus légère qu’attendu. Résultat : pièce intéressante, mais attribuée à une production XIXe avec restaurations, d’où une estimation plus mesurée. Moralité, même quand le premier regard est favorable, le diagnostic ne se pose qu’après ce double contrôle matière + décor.

La bonne habitude à prendre consiste à ne jamais séparer l’œil qui aime du regard qui vérifie. On peut avoir un coup de cœur pour une forme ou un motif, tout en gardant en tête les réflexes d’analyse qui sécurisent le choix.

Estimation, assurance et vente : construire une authentification faïence solide

Dès qu’une pièce semble ancienne, complète et cohérente, la question de la valeur arrive vite sur la table. Une Faïence de Moustiers du XVIIIe, même modeste, peut représenter un budget non négligeable pour un foyer. Mieux vaut donc éviter d’improviser. Le parcours type passe aujourd’hui par deux étapes : une première estimation à distance, puis, si nécessaire, une expertise de visu par un commissaire-priseur ou un expert en céramiques.

L’estimation en ligne fonctionne bien pour un premier tri. La plupart des maisons de ventes proposent un formulaire permettant de déposer quelques photos : vue générale de face, revers, gros plan sur la signature, zoom sur d’éventuelles restaurations. Avec ces éléments, un spécialiste peut déjà dire si l’objet relève d’une production d’atelier reconnue, d’une série du XXe, ou d’une simple imitation décorative. La réponse ne donne pas toujours un prix précis, mais elle clarifie si la pièce mérite un rendez-vous plus poussé.

L’expertise sur place va plus loin. L’expert manipule la faïence, ausculte la pâte et l’émail, contrôle la cohérence de la signature, compare le décor avec des modèles répertoriés. Il cherche aussi les restaurations cachées, souvent invisibles en photo : lignes de colle dans l’épaisseur, repeints discrets, bouchages sur le bord. Cette étape d’authentification faïence débouche sur une fourchette de prix réaliste, basée sur les ventes récentes de pièces comparables.

Pour préparer ce rendez-vous, quelques réflexes sont utiles :

  • Ne pas “raviver” la pièce avant le rendez-vous avec des produits ménagers agressifs, qui pourraient abîmer la patine ou faire disparaître des indices d’âge.
  • Rassembler les documents existants : factures d’achat, correspondance, anciens catalogues de ventes, photos de la pièce dans son contexte familial.
  • Prendre le temps de photographier les détails techniques, même si l’estimation se fait surtout de visu ensuite.
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Côté budget, le marché reste contrasté. Une assiette de production récente, même signée d’un atelier de Moustiers, se situe souvent entre quelques dizaines et une centaine d’euros. Une pièce XVIIIe bien attribuée, signée Clérissy ou Olérys, peut rapidement monter entre 1 500 et 2 000 euros pour un format moyen. Les grands plats de forme ou les vases balustres avec décor exceptionnel dépassent largement ces chiffres. Le haut du panier, pour des pièces emblématiques, réussit parfois des envolées spectaculaires lors de ventes spécialisées.

L’assurance mérite donc réflexion. Pour une maison où cohabitent mobilier, art de la table, bricolages maison et quelques belles faïences, un inventaire détaillé avec photos permet de discuter avec son assureur d’un plafond adapté. Là encore, un document signé par un expert ou un commissaire-priseur donne du poids à la discussion, surtout si l’objet circule entre plusieurs générations ou s’intègre à une succession.

La stratégie de vente, enfin, dépend du profil de la pièce. Un service mélangé où se côtoient pièces XVIIIe, ajouts XIXe et productions XXe “à la manière de Moustiers” se vendra mieux en plusieurs lots, clairement décrits, qu’en bloc présenté comme un ensemble parfaitement homogène. Les amateurs apprécient la transparence. Ils préfèrent souvent une estimation raisonnable assortie d’un descriptif honnête plutôt qu’une histoire trop belle pour être vraie.

On peut voir ce travail d’estimation comme l’équivalent, dans l’univers de la céramique, de la préparation minutieuse avant un gros chantier maison. On sort le mètre, on note les niveaux, on vérifie le support. Plus les bases sont solides, plus le résultat tient sur la durée.

Pièges fréquents, entretien au quotidien et conseils aux passionnés de collection faïence

Une fois la pièce identifiée, l’enjeu n’est plus seulement de savoir si elle est authentique, mais de la garder en bon état, sans la “sur-rénover”. Le premier piège reste le nettoyage trop enthousiaste. Passer une éponge abrasive, utiliser un produit alcalin ou un détachant puissant peut attaquer l’émail, éclaircir les zones anciennes et faire disparaître la petite patine qui contribue au charme de la Faïence de Moustiers. Pour le quotidien, un chiffon doux légèrement humide suffit largement. Les taches tenaces méritent l’avis d’un restaurateur plutôt qu’une expérience improvisée.

Un autre piège classique concerne les restaurations non signalées. Un bord recollé, une anse remplacée, un éclat bouché avec une pâte moderne puis repeint peuvent rester discrets en vitrine, mais se révèlent au grand jour lors d’une vente. Pour ne pas être pris de court, mieux vaut connaître l’histoire des interventions dont la pièce a fait l’objet. Quand c’est un achat récent, demander clairement au vendeur si des reprises ont été faites reste un réflexe sain. Beaucoup de professionnels jouent la carte de la transparence, surtout avec une clientèle fidèle.

Pour ceux qui aiment chiner, quelques signaux d’alerte reviennent souvent. Une signature très appuyée sur un décor maladroit, une marque ancienne combinée à une pâte trop blanche, un émail neuf sans aucune trace d’usage sur une pièce censée avoir deux siècles… Tout cela incite à la prudence. Mieux vaut penser la reconnaissance faïence comme un ensemble de petites alarmes plutôt qu’un feu vert ou rouge unique.

Côté présentation dans la maison, les contraintes restent raisonnables. Une vitrine fermée, à l’abri des chocs, des courants d’air extrêmes et des rayons directs du soleil, protège mieux qu’une étagère ouverte au-dessus d’un radiateur. Les variations de température trop marquées risquent de fatiguer l’émail, surtout s’il comporte déjà un réseau de micro-craquelures. Pour les grandes pièces placées en hauteur, un système d’accroche sûr évite le cauchemar de la chute accidentelle quand on claque un placard un peu trop fort.

Enfin, il y a la dimension plaisir. Un décor Bérain ou une guirlande polychrome ne racontent vraiment quelque chose qu’avec un minimum de contexte. Aller voir les ateliers encore actifs du village, discuter avec les artisans, regarder comment se prépare une pièce au grand ou au petit feu, change complètement le regard qu’on porte ensuite sur les assiettes du vaisselier. On ne regarde plus seulement un objet, mais des gestes, des ratés, des réussites accumulées.

Certains collectionneurs mélangent volontairement pièces anciennes et créations contemporaines signées “peint main à Moustiers”. Le contraste fonctionne bien sur une table ou dans une cuisine chaleureuse. On peut servir le quotidien dans les faïences modernes, garder les pièces XVIIIe pour des moments choisis, un peu comme on réserve un bon couteau pour les grosses découpes mais on garde sous la main des ustensiles plus robustes pour le service de tous les jours.

Cette approche graduée évite de sacraliser au point de ne plus rien toucher, tout en respectant ce qui mérite de traverser encore quelques générations.

Comment vérifier rapidement si une faïence est vraiment de Moustiers ?

Regarde d’abord le revers : couleur de la pâte, présence d’un bourrelet d’émail, éventuelle marque manuscrite. Observe ensuite le décor en lumière rasante pour repérer les traits de pinceau et les petites variations de couleur. Un test sonore léger et la cohérence entre signature, décor et émail complètent ce premier diagnostic.

Une pièce sans signature peut-elle être authentique ?

Oui. De nombreuses faïences de Moustiers anciennes, surtout en camaïeu bleu de grand feu, ne portent aucune marque. Dans ce cas, l’attribution repose sur la qualité du dessin, la nature de la pâte, la teinte de l’émail et la comparaison avec des modèles répertoriés plutôt que sur une signature.

Faut-il nettoyer une faïence ancienne avant de la faire estimer ?

Mieux vaut éviter. Un simple dépoussiérage avec un chiffon doux suffit. Les produits agressifs ou les éponges abrasives peuvent altérer l’émail, effacer des patines utiles pour la datation et au final diminuer la valeur de la pièce. Laisse l’expert voir l’objet dans son état actuel.

Où obtenir une estimation fiable pour une faïence de Moustiers ?

Les maisons de ventes aux enchères et certains experts indépendants en céramiques proposent des estimations, souvent gratuites en première approche via photos. Pour une pièce qui semble importante, un rendez-vous sur place avec manipulation de l’objet reste la meilleure solution pour une fourchette de valeur solide.

Les productions contemporaines de Moustiers ont-elles un intérêt pour une collection ?

Oui, si elles sont clairement identifiées comme telles. Les ateliers actuels perpétuent les décors traditionnels avec des techniques artisanales. Ces pièces trouvent bien leur place dans une collection vivante, à condition de ne pas les confondre avec des faïences XVIIIe lors de l’estimation ou de la revente.

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Jean-Michel Perrin est cuisinier de formation, passionné de barbecue, de bricolage et de potager, qu’il met au service de contenus simples et concrets sur Cook and Lounge. Depuis sa maison en pierre rénovée en famille, il partage des idées réalistes pour mieux cuisiner, aménager son intérieur et profiter de son jardin au quotidien.

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