Maladies du marronnier : symptômes, causes et traitements possibles

Jean-Michel Perrin

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Dans beaucoup de rues et de jardins, les marronniers commencent à perdre de la vigueur bien avant l’automne. Feuilles qui brunissent, chute des feuilles en plein été, branches qui sèchent, coulures sombres sur le tronc : ces signes ne sont pas qu’une question d’esthétique. Ils traduisent souvent des maladies du marronnier qui peuvent aller de la simple gêne visuelle au dépérissement complet de l’arbre. Entre les attaques d’insectes nuisibles comme la mineuse, les champignons responsables de taches foliaires et les bactéries qui provoquent des chancres, le marronnier se retrouve en première ligne dans les environnements urbains et périurbains. Comprendre ce qui se joue permet d’éviter les réactions à chaud, les tailles hasardeuses et les abattages prématurés.

Les gestionnaires d’espaces verts le voient bien sur le terrain : un marronnier affaibli, c’est moins d’ombre en été, moins de fraîcheur dans une cour d’école ou sur une place, et souvent un budget entretien qui grimpe. Du côté des particuliers, le scénario est toujours un peu le même. On plante un jeune sujet pour structurer le jardin, tout se passe bien pendant dix ans, puis les premiers symptômes arrivent et l’inquiétude avec. Faut-il traiter, et comment ? Est-ce contagieux pour les autres arbres ? Peut-on encore sauver le tronc déjà marqué par un chancre ? Cet article rassemble les repères utiles pour décrypter les symptômes, remonter aux causes les plus probables et choisir des traitements et pratiques de gestion adaptés, sans tomber ni dans la panique, ni dans l’inaction.

En bref

  • Feuilles qui brunissent et chute des feuilles précoce signalent souvent la mineuse du marronnier ou une maladie foliaire, mais ne condamnent pas automatiquement l’arbre.
  • Coulures brun-rouge sur le tronc, fentes verticales et écorce qui se décolle orientent vers un chancre bactérien, nettement plus sérieux.
  • Pollution, sol compacté, stress hydrique et taille mal conduite affaiblissent les marronniers et ouvrent la porte aux pathogènes.
  • Les traitements chimiques lourds sont rarement pertinents sur ces grands arbres ; la priorité va à la prévention, à l’hygiène de taille et au choix des variétés.
  • Ramassage des feuilles, suivi régulier et interventions ciblées permettent souvent de prolonger la vie de l’arbre et de limiter la propagation des maladies du marronnier.

Sommaire

Reconnaître les principales maladies du marronnier à partir des symptômes visibles

Avant de parler de traitements, il faut savoir lire ce que l’arbre raconte avec ses feuilles, son écorce et sa silhouette. Un même marronnier peut cumuler plusieurs problèmes, mais certains signaux orientent rapidement vers une cause dominante. Pour un propriétaire comme pour une commune, cette première lecture évite de tout mettre dans le même sac sous l’étiquette vague de « maladie ».

Sur le terrain, le cas de Léa illustre bien la situation. Dans son petit lotissement, un vieux marronnier donne de l’ombre à la terrasse. À partir de juillet, la chute des feuilles devient massive, comme si l’automne arrivait deux mois trop tôt. Le tronc, lui, semble visuellement sain. Dans ce type de scénario, le diagnostic se joue presque toujours dans le feuillage, pas dans le bois.

Feuilles brunies dès l’été et nervures encore vertes : mineuse ou maladie foliaire ?

Lorsque les feuilles se couvrent de plages brunes irrégulières, en gardant parfois des nervures encore vertes, deux suspects reviennent régulièrement. La mineuse du marronnier, petit papillon de 2 à 5 mm, pond sur la face supérieure des feuilles. Les larves creusent ensuite des « mines » dans le limbe et mangent les tissus internes. Résultat : taches brun clair qui se rejoignent, aspect grillé et feuille qui finit par tomber.

Les vraies maladies foliaires, de type anthracnose, donnent aussi des taches foliaires, mais souvent plus nettes, avec une bordure plus sombre. Elles démarrent par des petits points jaunâtres qui virent au brun orangé. En cas de forte pression, l’ensemble du feuillage prend une allure brûlée, en particulier après un printemps humide et un été chaud. Contrairement à la mineuse, on n’observe pas de galeries translucides en découpant une feuille.

Chancre, écoulements sombres et dépérissement de branches entières

Dès que l’on repère des coulures brun-rouge, des fentes verticales et des zones d’écorce qui se décolle, le problème change complètement de catégorie. Le chancre bactérien du marronnier, lié à des souches de Pseudomonas syringae, attaque les tissus sous l’écorce. L’arbre réagit par des nécroses qui s’ouvrent en plaies allongées. Un exsudat sombre suinte de ces lésions avant de sécher en traces visibles sur plusieurs dizaines de centimètres.

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Visuellement, on voit parfois une seule branche charpentière qui dépérit, les feuilles se desséchant brutalement après un débourrement ralenti. D’autres fois, c’est tout le houppier qui décline. Chez les sujets de 10 à 30 ans, au moment où l’écorce passe du lisse au plus écaillé, les symptômes se multiplient dans les villes exposées à une forte pollution routière ou à des sols tassés. Quand ces signes apparaissent, on ne se trouve plus devant une simple gêne esthétique, mais bien devant une atteinte structurelle.

Autres signaux d’alerte à ne pas négliger

Certains détails passent facilement inaperçus, alors qu’ils donnent des indices précieux. Des bourgeons qui mettent du temps à s’ouvrir, un houppier qui se clairseme petit à petit, des branches mortes qui se multiplient sur le pourtour sont souvent le résultat de contraintes racinaires, de blessures mal cicatrisées ou de maladies du bois. Des champignons opportunistes peuvent ensuite coloniser les parties déjà abîmées.

Pour un particulier, regarder le pied de l’arbre apporte aussi des informations : présence de carottes de terre laissées par des travaux récents, sol très sec ou au contraire gorgé d’eau, traces de passage répété de véhicules. Tous ces éléments participent à la compréhension globale. En résumé, la combinaison des symptômes sur feuilles, tronc et racines oriente vers les causes majeures et conditionne les choix à venir.

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Mineuse du marronnier, taches foliaires et galle du marronnier : insectes nuisibles et champignons en détail

Une fois le panorama général posé, il est utile de zoomer sur les responsables les plus fréquents des atteintes du feuillage. Entre la mineuse, certaines maladies du marronnier d’origine fongique et la galle du marronnier, le feuillage se retrouve sous pression à partir du printemps. Là encore, chaque cause laisse une « signature » différente, que l’on peut apprendre à lire sans matériel spécifique.

Autour de chez Marc, par exemple, l’allée de marronniers aligne les mêmes symptômes chaque année. Fin juin, le vert vif des grandes feuilles palmées laisse place à une mosaïque de zones brun clair. Les enfants pensent à un automne précoce, mais les arbres repartent malgré tout l’année suivante. Le coupable se cache dans quelques millimètres de matière végétale : la mineuse.

Mineuse du marronnier : cycle, dégâts et gestion réaliste

Cameraria ohridella, petit papillon originaire des Balkans, a été repéré en Europe de l’Ouest à partir des années 1980, puis observé en France au tournant des années 2000. L’adulte est discret, mais ses larves font parler d’elles. Les femelles pondent à la surface des feuilles de marronnier d’Inde. Les œufs éclosent en larves qui creusent des galeries internes, les fameuses « mines » visibles par transparence au soleil.

Une forte infestation provoque une chute des feuilles dès juillet ou août. Sur un arbre bien installé, cela ne provoque pas une mort immédiate, mais une répétition de cet épisode plusieurs années de suite épuise doucement les réserves. Les sujets déjà stressés par un sol pauvre ou un manque d’eau accuseront le coup plus vite. On trouve parfois dans le commerce des traitements insecticides, mais sur de grands arbres, leur application pose des questions sérieuses de sécurité, d’impact environnemental et d’efficacité réelle.

Anthracnose et brûlure des feuilles : taches foliaires d’origine fongique

Les champignons responsables d’anthracnose s’installent souvent après des printemps humides. Les premières taches foliaires apparaissent sous forme de petites marques jaunâtres sur les jeunes feuilles. Ces taches s’agrandissent ensuite et prennent une teinte brun orangé, donnant l’impression que le feuillage a reçu un coup de feu ou de soleil. Plus l’infection est précoce dans la saison, plus l’aspect général de l’arbre se dégrade.

Contrairement à la mineuse, qui reste à l’intérieur du limbe, ces champignons se développent en surface et dans les tissus proches. La dissémination se fait par les éclaboussures de pluie, le vent et les feuilles contaminées qui restent au sol. Dans certains cas, l’usage d’un fongicide homologué et raisonné peut se discuter pour des sujets à forte valeur patrimoniale, mais l’essentiel du travail se joue dans la gestion des feuilles mortes, la circulation de l’air et la vigueur générale du marronnier.

Galle du marronnier et autres insectes nuisibles secondaires

La galle du marronnier résulte de piqûres ou de pontes d’insectes qui entraînent la formation de petites excroissances sur les feuilles. Visuellement, cela ressemble à de minuscules boursouflures, parfois colorées. Ces galles impressionnent, surtout quand elles se multiplient, mais elles affaiblissent rarement un arbre adulte à elles seules. Elles s’ajoutent toutefois au tableau déjà chargé des insectes nuisibles du marronnier.

D’autres ravageurs secondaires, punaises ou pucerons, peuvent apparaître, attirés par la sève ou par des tissus déjà fragilisés. Dans un jardin familial, leur gestion passe souvent par un ensemble de petits gestes cohérents plutôt que par des traitements lourds : diversité végétale autour de l’arbre pour favoriser les auxiliaires, arrosage raisonné en période de sécheresse, surveillance du tronc pour repérer les blessures qui pourraient servir de porte d’entrée à d’autres pathogènes.

Chancre bactérien du marronnier : comprendre les causes profondes d’un dépérissement inquiétant

Quand les spécialistes évoquent les maladies du marronnier aujourd’hui, ils pensent très vite au chancre bactérien. Cette maladie, apparue au tournant des années 2000 dans plusieurs pays d’Europe de l’Ouest, a changé la donne pour les alignements urbains et les parcs. Non seulement parce qu’elle conduit à la mort de milliers d’arbres, mais aussi parce qu’elle met en lumière le lien entre pratiques humaines et vulnérabilité des arbres.

Les enquêtes menées en Angleterre, aux Pays-Bas, en Belgique et ailleurs ont montré un point commun frappant : dans les zones très touchées, pollution atmosphérique élevée, sols tassés et interventions répétées sur les arbres se croisent souvent dans un même périmètre. Pour une ville, cette réalité oblige à regarder au-delà du seul symptôme visible sur le tronc.

Un pathogène opportuniste nourri par le stress de l’arbre

Pseudomonas syringae, la bactérie impliquée, n’est pas un intrus tombé du ciel. On la retrouve naturellement dans les sols tempérés, sur les feuilles, dans l’eau. La plupart de ses souches participent même à l’équilibre de la microflore. Dans le cas du marronnier, certaines variantes ont pris un rôle différent en pénétrant les tissus internes pour provoquer des nécroses profondes.

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Les chercheurs convergent sur un point : ces bactéries profitent d’arbres déjà affaiblis. Stress hydrique récurrent, racines à l’étroit dans une fosse de plantation sous-dimensionnée, blessures répétées lors d’élagages, excès de sels de déneigement, accumulation de polluants… autant de facteurs qui brouillent les défenses naturelles du marronnier. Une fois entré par une plaie, une fissure ou peut-être les stomates, le bacille progresse dans les espaces intercellulaires, empêche les cellules d’enclencher leur propre « programme de suicide » et laisse le champ libre au développement du chancre.

Des symptômes variés mais des coulures foncées très typiques

Ce qui complique le diagnostic, c’est la diversité des symptômes. Un même arbre peut présenter un débourrement très lent sur une partie de la couronne, des feuilles qui se dessèchent brutalement sur une branche, des zones d’écorce qui changent de couleur, et, plus bas, une coulure brun-rouge qui colore le tronc. Pris séparément, ces signes pourraient faire penser à d’autres maladies.

En ouvrant légèrement l’écorce autour de ces coulures, on observe des tissus rougeâtres à brun, nettement distincts du bois sain. Les fentes verticales accompagnées d’un décollement d’écorce sont fréquentes. Sur certaines photos de suivi, on voit même une diffusion horizontale de l’exsudat sur les micro-algues et lichens présents sur le tronc. Sur plusieurs centaines d’arbres étudiés dans le sud de l’Angleterre, environ la moitié présentaient ce type de symptômes au milieu des années 2000. L’expérience de terrain depuis confirme que, dans la plupart des cas, ces arbres finissent par dépérir en quelques années.

Rôle des pratiques humaines et des outils de taille

Une autre leçon tirée de ces enquêtes tient au rôle possible des pépinières et des chantiers d’élagage. De nombreux marronniers atteints provenaient de lots cultivés avec une faible diversité génétique et avaient subi des contraintes racinaires dès leur jeune âge. Replantés dans des environnements difficiles, ils arrivent en ville avec une marge de manœuvre très réduite face aux agressions.

Les outils de taille constituent également un vecteur suspect. Les Pseudomonas résistent à plusieurs désinfectants classiques et peuvent même s’y multiplier. Des interventions successives sur des arbres malades puis sains, sans nettoyage rigoureux, facilitent les transmissions locales. C’est un point souvent négligé dans les petits chantiers comme dans les grandes opérations d’alignements, alors qu’il fait partie des rares leviers réellement maîtrisables par l’humain. Un sécateur propre, ce n’est pas un détail anecdotique dans cette histoire.

Traitements possibles et bonnes pratiques pour limiter les maladies du marronnier

Face à ces maladies du marronnier, la tentation est forte de chercher « le produit miracle ». En pratique, les solutions réellement utiles sont plus modestes, plus ancrées dans le temps et souvent moins spectaculaires. Sur un grand arbre, l’enjeu consiste rarement à éradiquer complètement le pathogène, mais plutôt à maintenir une vitalité suffisante pour que le marronnier « vive avec » le problème le plus longtemps possible.

Dans le jardin de Léa, évoqué plus haut, le choix a été de combiner plusieurs petits gestes plutôt que de lancer un traitement coûteux et incertain. Ramassage systématique des feuilles, arrosage d’appoint en été sec, fertilisation douce, et réflexion sur la taille. Trois ans plus tard, la chute des feuilles reste précoce, mais l’arbre a conservé une silhouette équilibrée et ne montre pas de signes de chancre.

Mesures simples contre la mineuse et les taches foliaires

Pour la mineuse, le levier le plus accessible reste le ramassage et l’élimination des feuilles contaminées dès la fin de saison. Les larves se nymphosent en grande partie dans ces feuilles au sol. En les évacuant ou en les compostant sous une couche de terre d’une dizaine de centimètres, on casse une partie du cycle. À l’échelle d’un seul arbre, l’effet semble modeste, mais dès que tout un quartier ou une copropriété joue le jeu, la pression diminue.

Les taches foliaires d’origine fongique répondent elles aussi à une meilleure hygiène des feuilles mortes. Sur des sujets patrimoniaux, certains gestionnaires testent des traitements à base de cuivre en automne, au moment de la chute du feuillage. Cette piste doit rester mesurée, car certaines souches microbiennes présentent déjà des résistances, et l’accumulation de cuivre dans le sol n’est pas neutre. En jardin familial, mieux vaut miser sur la diversité végétale, la limitation des arrosages par aspersion sur le feuillage et une bonne aération de la ramure.

Pourquoi les antibiotiques et les fongicides lourds ne sont pas la solution

Face au chancre bactérien, l’idée d’un traitement antibiotique revient régulièrement dans les discussions. Sur le papier, cela semble logique. Sur un arbre, la réalité est tout autre. Pseudomonas syringae présente des résistances multiples à de nombreux antibiotiques et antiseptiques, en partie liées à une exposition répétée à des résidus dans l’eau et les sols. Surtout, une fois le système vasculaire atteint, diffuser une molécule de manière homogène dans tout l’arbre devient quasiment irréaliste.

C’est la même logique pour un fongicide utilisé de manière systémique et répétée. Les risques de sélectionner des souches encore plus résistantes et d’impacter les micro-organismes utiles du sol dépassent largement les bénéfices espérés. Les recommandations actuelles des organismes spécialisés convergent donc vers une ligne claire : éviter les traitements antibiotiques et chimiques lourds sur marronniers, sauf cas très spécifique, au profit d’une gestion intégrée axée sur la prévention, l’observation et des interventions mécaniques ciblées.

Gérer les bois et feuilles contaminés sans aggraver la situation

Une question revient souvent lors des abattages nécessaires : faut-il brûler toutes les branches et troncs atteints de chancre ou de maladies foliaires ? Les connaissances actuelles indiquent que Pseudomonas syringae a besoin de cellules vivantes pour se multiplier et ne persiste pas dans le bois mort sur le long terme. Brûler systématiquement tout le bois n’apporte donc pas grand-chose en plus d’un bon séchage.

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En revanche, les transports de bois fraîchement coupé, encore humide, représentent un risque de dissémination, surtout si les troncs portent des chancres suintants. La solution la plus prudente consiste à laisser sécher sur place ou à composter localement, en évitant de mélanger ces bois avec d’autres sites sains. Pour les feuilles, un enfouissement sous 10 cm de terre ou un compostage confiné limitent la propagation de la mineuse et de certains champignons. Ce sont des gestes discrets, mais qui, répétés, comptent plus qu’une pulvérisation spectaculaire.

ProblèmeSymptômes dominantsActions recommandées
Mineuse du marronnierFeuilles brunies en été, mines translucides, chute précoceRamassage des feuilles, compostage enfoui, coordination à l’échelle du quartier
Taches foliaires (anthracnose, brûlure)Petites taches jaunâtres puis brun orangé, aspect brûléGestion des feuilles mortes, aération de la ramure, fongicide cuivreux ponctuel sur arbres patrimoniaux
Chancre bactérienCoulures brun-rouge, fentes verticales, décollement d’écorce, dépérissement de branchesLimiter les blessures, désinfecter les outils, surveiller, abattre si risque mécanique et replanter une autre essence

Prévention et choix variétal : préparer des marronniers plus résistants pour les années à venir

Une fois qu’un grand arbre est malade, les marges de manœuvre restent limitées. En amont, en revanche, tout est encore ouvert. Pour une commune qui doit repenser une avenue ou pour un particulier qui aménage un nouveau jardin, la prévention passe par plusieurs décisions structurantes : choix de l’essence, conception de la fosse de plantation, gestion de l’eau et du sol, et, surtout, tolérance à une certaine « imperfection » du feuillage.

Le cas d’une petite ville de province illustre bien cette approche. Après plusieurs abattages liés au chancre bactérien, la municipalité a lancé un inventaire des alignements et s’est posé une question simple : faut-il replanter des marronniers au même endroit ? Les retours d’expérience d’autres pays déconseillent de remettre cette espèce là où plusieurs arbres ont déjà succombé. La ville a donc mixé les essences, en gardant quelques marronniers sur les zones les plus favorables, tout en diversifiant ailleurs.

Choisir l’emplacement et soigner la plantation

Le marronnier reste, à l’origine, un arbre forestier apprécié pour les sols profonds, riches en humus, avec une bonne réserve en eau. Le planter dans une cuvette minuscule entourée de bitume, c’est le mettre en difficulté dès le départ. Pour éviter les maladies du marronnier à moyen terme, la conception de la fosse de plantation compte autant que la qualité du plant.

Dans un jardin privé, cela signifie creuser large, ameublir le sol en profondeur, éviter les zones saturées d’eau en hiver, et prévoir un cercle de sol non compacté autour du tronc. En ville, cela passe par des fosses de volume suffisant, des solutions de sol reconstitué sous trottoir, et parfois le choix de ne pas mettre de marronnier là où la place manque clairement. C’est un arbitrage, mais il vaut mieux un arbre adapté qui vieillit bien qu’un marronnier condamné à dépérir à 20 ans.

Varier les essences et accepter des feuilles moins « parfaites »

Un autre enseignement des dernières décennies de suivi, c’est la vulnérabilité des systèmes trop uniformes. Des rangées entières de marronniers issus des mêmes lots de pépinière, tous sensibles aux mêmes pathogènes, offrent un terrain idéal aux épidémies. Diversifier les essences et, quand c’est possible, les provenances génétiques, permet de répartir les risques. Quelques marronniers peuvent continuer à structurer un paysage, mais ils ne doivent plus être l’unique espèce dominante.

Du côté des particuliers, l’acceptation joue aussi un rôle. Un marronnier un peu marqué par la mineuse, avec des taches foliaires en fin d’été, peut rester un arbre tout à fait valable pour l’ombre et l’ambiance du jardin. Viser un feuillage intact jusqu’en octobre conduit souvent à des déceptions et à des traitements disproportionnés. Mieux vaut se fixer un objectif réaliste : garder des arbres structurants, mêmes légèrement « piquetés », plutôt que de les remplacer à la moindre imperfection.

Un geste concret à tester chez toi

Pour un lecteur qui dispose déjà d’un marronnier, une première action simple consiste à observer et noter ce qui se passe pendant une saison complète. Dates de chute des feuilles, apparition des taches, graines produites, état du tronc après les pluies fortes. En consignant ces éléments, on voit plus clairement si la situation se dégrade, se stabilise ou s’améliore. Ces notes serviront aussi de base de discussion avec un arboriste ou un service espaces verts le jour où une décision lourde devra être prise.

En parallèle, instaurer quelques routines annuelles (ramassage des feuilles, léger paillage organique au pied, contrôle visuel des éventuelles coulures) met l’arbre dans de meilleures dispositions. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est là que se joue souvent la différence entre un marronnier qui décline vite et un autre qui continue à tenir son rôle pendant encore de longues années.

Comment distinguer la mineuse du marronnier d’une maladie foliaire classique ?

La mineuse provoque des taches brun clair irrégulières à l’intérieur du limbe, avec parfois des zones translucides visibles en transparence. En découpant la feuille, on peut trouver les petites larves ou les galeries vides. Une maladie foliaire de type anthracnose démarre plutôt par de petites taches jaunâtres puis brun orangé, bien délimitées, sans galerie interne. La mineuse entraîne souvent une chute des feuilles dès juillet ou août, alors que les maladies fongiques sévères se manifestent surtout après des printemps humides suivis d’un été chaud.

Un marronnier dont les feuilles tombent en été est-il condamné ?

Pas forcément. Si le tronc reste sain, sans coulures sombres ni fentes verticales, et que l’arbre refait un feuillage correct l’année suivante, il s’agit souvent d’une attaque de mineuse ou d’une maladie foliaire. Répétée plusieurs années de suite, cette défoliation affaiblit néanmoins les réserves. Le bon réflexe consiste à ramasser les feuilles à l’automne, à surveiller l’état du tronc et à soutenir l’arbre par un sol de qualité et un arrosage d’appoint en période de sécheresse.

Que faire si l’on observe des coulures brun-rouge sur le tronc du marronnier ?

Ce type de symptôme évoque un chancre bactérien. La première étape est de limiter les nouvelles blessures, donc d’éviter les tailles inutiles et de désinfecter soigneusement les outils si une intervention est obligatoire. Ensuite, il est prudent de faire évaluer l’arbre par un professionnel, surtout en cas de présence de public à proximité, car le risque mécanique (chute de branches, rupture du tronc) peut augmenter. Dans certains cas, l’abattage préventif puis la replantation d’une autre essence sont recommandés.

Les traitements chimiques type fongicide ou antibiotique sont-ils recommandés sur les marronniers ?

Sur de grands marronniers, ces traitements sont rarement adaptés. Les bactéries impliquées dans le chancre présentent des résistances importantes et se trouvent profondément dans les tissus, difficiles à atteindre. Les fongicides lourds, eux, risquent de perturber la microflore utile du sol et de favoriser des résistances chez les pathogènes. Les recommandations actuelles privilégient des actions préventives (bonne plantation, gestion de l’eau, hygiène de taille, ramassage des feuilles) plutôt qu’une approche chimique systématique.

Peut-on replanter un marronnier à l’emplacement d’un arbre mort de chancre bactérien ?

Les retours d’expérience montrent que les jeunes marronniers replantés exactement au même endroit tombent souvent malades en quelques années. Le sol et l’environnement global (pollution, contraintes racinaires, présence de la bactérie) restent défavorables. Il est donc préférable de choisir une autre essence plus adaptée aux conditions locales, ou de déplacer l’emplacement de plantation si l’on tient vraiment à conserver un marronnier dans le jardin.

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Jean-Michel Perrin est cuisinier de formation, passionné de barbecue, de bricolage et de potager, qu’il met au service de contenus simples et concrets sur Cook and Lounge. Depuis sa maison en pierre rénovée en famille, il partage des idées réalistes pour mieux cuisiner, aménager son intérieur et profiter de son jardin au quotidien.

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