Un rosier couvert de taches noires ou de feutrage blanc perd vite son charme, même dans le plus joli des jardins. Entre le mildiou, l’oïdium, la rouille et toute la petite bande des maladies du rosier, un massif impeccable peut basculer en quelques semaines.
La bouillie bordelaise garde pourtant une place à part dans la panoplie du jardinier : ce traitement fongicide à base de cuivre fonctionne très bien, à condition de respecter le calendrier, le dosage et quelques règles de bon sens. L’enjeu n’est pas seulement esthétique, c’est aussi la longévité des rosiers et la protection des plantes voisines, qui profitent d’un environnement plus sain.
Dans un jardin familial où le barbecue n’est jamais bien loin des massifs, chacun cherche un compromis entre efficacité et sobriété des traitements. D’un côté, la bouillie bordelaise protège efficacement contre les champignons et sécurise les floraisons. De l’autre, son impact sur le sol et les organismes vivants impose une vraie discipline.
Ce texte propose une manière concrète de s’en servir comme on utiliserait un bon outil de bricolage : au bon moment, sur la bonne zone, et sans excès. La composition du produit, la période d’utilisation idéale, les maladies visées, les dosages précis et les alternatives naturelles pour limiter le cuivre sans sacrifier la prévention des maladies sont abordés.
En bref
- Bouillie bordelaise et rosier font bon ménage si l’on vise surtout la prévention des maladies fongiques (taches noires, rouille, oïdium, mildiou précoce).
- Le produit agit en traitement fongicide de contact : il crée une pellicule protectrice sur les feuilles, il ne guérit pas ce qui est déjà atteint.
- La meilleure période d’utilisation reste la fin d’hiver après la taille, puis 1 à 2 rappels entre printemps et été, pas plus de 2 ou 3 applications au total.
- Un dosage courant se situe entre 4 et 25 g par litre d’eau avec les poudres commerciales, à ajuster selon l’étiquette du fabricant.
- Pour préserver le sol, il faut coupler bouillie bordelaise, gestes culturaux (aération, taille, nettoyage) et alternatives naturelles (prêle, purin, lait, bicarbonate).
Bouillie bordelaise sur rosier : comprendre le produit avant de sortir le pulvérisateur
Dès que l’on commence à parler de traitement fongicide, beaucoup de jardiniers pensent spontanément à la bouillie bordelaise. Ce mélange à la couleur bleu-vert un peu rétro n’est pas qu’un vestige des vieux manuels de jardinage : il reste d’actualité, notamment pour la protection des rosiers.

Pour l’utiliser correctement, le premier réflexe consiste à comprendre ce qu’il y a dedans et comment le produit agit sur les champignons responsables des maladies du rosier.
La base est simple : la bouillie bordelaise combine du sulfate de cuivre et de la chaux éteinte, dilués dans l’eau. Le cuivre est la partie active, celle qui bloque la germination des spores de champignons sur les feuilles. La chaux, elle, sert de tampon. Elle adoucit l’acidité de la solution et améliore l’adhérence du mélange sur le feuillage. Ce duo donne une suspension qui se dépose en fine pellicule sur les organes aériens du rosier.
Ce point change tout dans la façon de l’utiliser : la bouillie bordelaise agit comme un fongicide de contact préventif. Les particules de cuivre restent à la surface des feuilles et des jeunes tiges. Quand une spore de mildiou ou d’oïdium se pose, elle rencontre cette barrière toxique et ne parvient pas à germer. Une fois que le champignon a déjà pénétré dans les tissus, la marge de manœuvre est beaucoup plus faible. Autrement dit, si le feuillage est déjà couvert de taches ou de feutrage, le produit limite surtout la progression, pas la cause initiale.
Autre élément à garder en tête : ce mélange n’a aucun effet sur les ravageurs. Les pucerons, les thrips, les chenilles ne seront pas inquiétés par une application de bouillie bordelaise. Confondre maladies et attaques d’insectes fait perdre du temps et multiplie les traitements pour rien. Pour les pucerons, mieux vaut du savon noir, un bon jet d’eau ou un lâcher de coccinelles, voire les trois ensemble si la colonie est bien installée.
Dans le commerce, la bouillie bordelaise se présente surtout sous forme de poudres mouillables ou de granules à diluer. On trouve aussi des versions liquides prêtes à l’emploi, souvent plus chères au litre mais pratiques pour quelques rosiers en bac sur une terrasse. Les sachets de poudre ont l’avantage de permettre un ajustement très fin des quantités, ce qui évite de préparer dix litres quand on n’a que deux rosiers à traiter derrière la maison.
À l’échelle du jardin, une chose étonne souvent les jardiniers débutants : ce produit est autorisé en agriculture biologique, tout en étant surveillé de près pour son impact environnemental. Le cuivre ne se dégrade pas, il s’accumule dans le sol à chaque passage. Trop de traitements, année après année, finissent par fatiguer la vie microbienne et les vers de terre, qui sont pourtant les meilleurs alliés pour ameublir la terre et favoriser un enracinement profond des rosiers.
Résultat, un massif de roses entouré d’un gazon uniforme traité à la moindre alerte n’a rien d’idéal. Mieux vaut une approche plus nuancée où la bouillie bordelaise sert de filet de sécurité, complétée par une vraie réflexion sur l’exposition, la circulation de l’air, le choix des variétés (certaines séries modernes montrent une excellente résistance naturelle aux maladies) et les pratiques d’arrosage. La compréhension du produit est donc la première étape vers une utilisation plus sobre et plus efficace.

Maladies du rosier visées par la bouillie bordelaise et limites du traitement fongicide
Dans un jardin comme celui de Claire, qui a aligné une bordure de rosiers anciens le long d’un mur, les problèmes reviennent souvent sous les mêmes formes. Les feuilles commencent par se tacher, puis jaunissent et tombent. Le sol se couvre de feuilles piquetées de noir, les tiges se dénudent, les fleurs rapetissent. Identifie-t-on correctement la maladie, la stratégie de traitement devient beaucoup plus claire, bouillie bordelaise comprise.
Taches noires, rouille, oïdium, mildiou : ce que la bouillie bordelaise sait faire
La fameuse maladie des taches noires, ou marsonia, reste la plus fréquente sur les rosiers. Elle provoque des taches sombres arrondies, avec souvent un halo jaune autour. Les feuilles atteintes finissent par tomber, ce qui affaiblit nettement le rosier en fin de saison. Un voile régulier de bouillie bordelaise au printemps ralentit la germination des spores et réduit nettement la pression de la maladie. On ne récupère pas les feuilles déjà marquées, mais on protège les nouvelles.
La rouille du rosier se reconnaît, elle, à ses petites pustules orange vif sur l’envers du feuillage et à des zones jaunâtres sur le dessus. Elle apprécie particulièrement les ambiances humides et les massifs serrés où l’air circule mal. Là encore, une application de bouillie bordelaise au bon moment bloque beaucoup de spores avant qu’elles ne percent l’épiderme des feuilles. On parle de protection des plantes à l’échelle du massif, car la rouille se propage facilement d’un rosier à l’autre.
L’oïdium, ou blanc, forme un feutrage poudreux qui colonise jeunes pousses, boutons et feuilles. Les jardiniers le rencontrent surtout lors des alternances de journées chaudes et de nuits fraîches, avec une humidité nocturne marquée. La bouillie bordelaise apporte une aide, mais moins spectaculaire que sur la marsonia ou la rouille. Pour le blanc, des pulvérisations régulières de lait dilué ou de bicarbonate de soude peuvent, dans bien des cas, supplanter le cuivre.
On sous-estime parfois aussi la présence du mildiou sur rosier, plus connu sur la vigne ou la pomme de terre. Sur un rosier, il peut se manifester par des taches huileuses, des déformations ou des nécroses sur le feuillage. La bouillie bordelaise reste un des rares produits utilisables pour empêcher cette maladie de s’installer quand les conditions météo deviennent franchement favorables aux champignons.
Enfin, le cuivre a un effet sur certaines bactérioses qui touchent l’écorce et les jeunes rameaux. Cet usage reste secondaire, mais sur des sujets déjà fragilisés, ce petit coup de pouce limite la casse.
Ce que la bouillie bordelaise ne règle pas du tout
Face à une feuille déformée ou piquée, la tentation est forte de tout traiter indistinctement avec le même pulvérisateur. Mauvaise idée. La bouillie bordelaise reste sans action sur les insectes et acariens. Les pucerons fripent les jeunes feuilles, les thrips blessent les pétales, les araignées rouges provoquent un aspect piqueté sur le feuillage en pleine chaleur, sans que le cuivre n’y change rien.
On rencontre souvent, chez les jardiniers amateurs, une forme de surenchère : un passage de bouillie bordelaise, un insecticide derrière, puis un engrais « coup de fouet » pour compenser le stress. Cette addition de produits fatigue le rosier et ne règle pas forcément la cause de départ, qui peut être un arrosage mal géré ou un emplacement mal choisi. Le lien vers des problématiques voisines est d’ailleurs intéressant : un arbre comme le mûrier platane peut présenter ses propres pathologies, décrites en détail sur cette page consacrée aux maladies de mûrier platane, et on y retrouve la même logique d’identification fine avant tout traitement.
Autre limite forte : une fois un rosier largement envahi par un champignon à l’intérieur même de ses tissus, un simple traitement de surface, même répété, ne suffit plus. Dans ces cas-là, les jardiniers expérimentés n’hésitent pas à combiner suppression mécanique des parties les plus atteintes, fongicide systémique si l’on accepte d’en utiliser, puis reprise très douce des traitements cupriques en prévention, quand le feuillage nouveau apparaît.
La bouillie bordelaise ne remplace pas non plus les bonnes pratiques de plantation. Un rosier planté à l’ombre d’une haie dense, dans un sol gorgé d’eau, restera fragile quelle que soit la rigueur du calendrier de pulvérisation. Installer le rosier dans un endroit aéré, avec un sol bien drainé, diminue mécaniquement le besoin de traitements, au cuivre ou autres.
L’essentiel, pour un massif durable, consiste donc à identifier clairement les maladies du rosier, à réserver la bouillie bordelaise aux vrais problèmes fongiques, et à l’intégrer dans une stratégie globale plutôt que de la considérer comme une solution automatique.
Quand mettre de la bouillie bordelaise sur les rosiers : calendrier pratique et fenêtre météo idéale
La plus grosse différence entre un jardin où les traitements fongicides sont utiles et un autre où ils deviennent une habitude un peu mécanique se joue souvent sur le calendrier. Le même produit, appliqué au bon moment, permet d’éviter les flambées de maladies. Utilisé tardivement et trop souvent, il pèse sur le sol sans rendre vraiment service. Pour les rosiers, quelques repères simples suffisent à bâtir un planning cohérent.
Le traitement de fin d’hiver : la base du dispositif
Le moment clé pour un rosier, c’est la période qui suit la taille de fin d’hiver. Une fois que les rameaux ont été raccourcis, que le vieux bois a été supprimé et que les branches mal placées sont parties au tas de déchets, la plante se retrouve avec un squelette plus aéré. C’est là qu’un traitement fongicide préventif à la bouillie bordelaise fait une vraie différence.
En pratique, ce passage se situe souvent entre février et mars, selon les régions et l’altitude. L’idée est d’intervenir avant le débourrement, c’est-à-dire avant que les bourgeons ne commencent à gonfler franchement. Le produit recouvre les jeunes écorces, les plaies de taille et les éventuels recoins où des spores ont passé l’hiver. On part ainsi sur une saison de croissance moins chargée en inoculum de départ.
Sur un rosier grimpant palissé contre un mur, ce traitement de fin d’hiver permet aussi de couvrir des zones difficiles d’accès une fois que le feuillage aura tout envahi. On en profite pour inspecter chaque charpentière, vérifier l’état des liens et corriger éventuellement la structure.
Les rappels de printemps et d’été : mesurer plutôt que répéter
Une fois ce premier passage réalisé, le reste de la saison se gère surtout en fonction de la météo. On considère en général que la bouillie bordelaise reste active sur les feuilles jusqu’à trois semaines si la pluie ne la lessive pas trop vite. L’idée est d’espacer les applications d’au moins 15 jours et de ne pas dépasser 2 à 3 traitements par an.
Un schéma qui fonctionne bien sur beaucoup de jardins consiste à programmer un deuxième passage en avril-mai, lors du plein développement du feuillage, puis un troisième éventuel en juin ou début juillet si le printemps a été particulièrement humide. En été sec, avec arrosage au pied et bonne aération, bon nombre de rosiers tiendront sans autre pulvérisation cuprique.
Une erreur fréquente consiste à traiter en réaction à la moindre tache, sans regarder le ciel. Après une longue période sèche, avec alternance de journées ensoleillées et de nuits douces, la pression des champignons baisse nettement. Inversement, une succession d’averses et de chaleur modérée prépare un terrain idéal pour marsonia et rouille. Observer la météo locale, plutôt que suivre un calendrier fixe, devient vite un réflexe payant.
Choisir la bonne fenêtre dans la journée
Le moment de la journée pèse lui aussi sur l’efficacité du traitement. On cherche une plage où l’air est relativement calme, sans vent fort, et où les températures restent modérées. En pratique, le matin après évaporation de la rosée ou la fin d’après-midi fonctionnent très bien.
Traiter en plein midi, en période chaude, expose à deux problèmes. D’abord, l’eau s’évapore trop vite pour que la bouillie bordelaise s’étale correctement. Ensuite, le couple soleil + cuivre sur les feuilles encore humides peut provoquer des brûlures, surtout sur les rosiers déjà un peu stressés par la chaleur ou le manque d’eau.
Autre piège : pulvériser juste avant une pluie annoncée. Une averse dans les heures qui suivent le traitement emporte une bonne partie du cuivre encore frais, avec un double inconvénient. La protection est réduite, et une fraction du produit finit au sol ou dans les eaux de ruissellement. Attendre une fenêtre d’au moins 24 heures sans grosse pluie annoncée reste une bonne règle de base.
En résumé, sur une saison, le bon rythme pour la bouillie bordelaise sur rosier se concentre sur trois temps forts : juste après la taille, au démarrage du feuillage, puis éventuellement lors d’un printemps franchement propice aux maladies. Le reste du temps, l’attention peut se porter sur l’arrosage, le paillage et la taille d’aération.
Préparation et application de la bouillie bordelaise sur rosier : dosages, gestes et astuces terrain
Une fois les périodes d’utilisation posées, reste à préparer le mélange et à organiser l’application. Comme pour un chantier de bricolage, un peu de méthode évite beaucoup d’énervement. Entre les sachets de poudre, les pulvérisateurs qui s’encrassent et les rosiers plus ou moins accessibles, mieux vaut prendre cinq minutes pour structurer les étapes.
Bien doser pour éviter brûlures et sous-dosage
Les produits commerciaux de bouillie bordelaise affichent des concentrations variées. C’est pour cela que les recommandations en grammes par litre varient aussi. En pratique, la plupart des formulations demandent entre 4 et 25 g de poudre par litre d’eau. Certains fabricants donnent même un dosage spécifique pour les rosiers, à respecter en priorité.
Pour se repérer, un tableau rapide aide à préparer la bonne quantité en fonction du nombre de rosiers à traiter :
| Volume d’eau | Quantité de poudre commerciale | Usage conseillé |
|---|---|---|
| 1 litre | 4 à 25 g | Un à deux rosiers isolés ou en pot |
| 5 litres | 20 à 125 g | Massif de quelques rosiers |
| 10 litres | 40 à 250 g | Grande roseraie ou jardin partagé |
Pour ceux qui aiment les recettes maison, une formule traditionnelle consiste à utiliser, pour 10 litres d’eau, environ 200 g de sulfate de cuivre et 300 g de chaux éteinte. On dissout séparément le cuivre dans un seau et la chaux dans un autre, puis on verse lentement le premier dans le second en mélangeant. Cette approche revient moins cher, mais demande plus de soin, notamment pour éviter les projections lors du mélange.
Une application méthodique : couvrir sans détremper
Le choix du matériel compte plus qu’on ne l’imagine. Un pulvérisateur à pression entretenu, avec une buse fine qui produit une brume régulière, facilite grandement le travail. Avant de charger la bouillie bordelaise, un rinçage rapide permet d’éliminer les résidus d’un précédent traitement.
La technique, ensuite, consiste à viser une couverture homogène du rosier sans le faire ruisseler comme après un orage. On commence souvent par la face inférieure des feuilles, qui héberge une bonne part des spores, puis on remonte progressivement vers le dessus et les jeunes pousses. Un léger voile bleuté doit rester visible après séchage. Si des gouttes pendent au bout des feuilles, c’est qu’il y a eu excès de produit.
Pour les rosiers en ligne, une méthode simple marche bien : traiter d’abord les sujets les plus sains, puis finir par ceux qui montrent déjà quelques symptômes. Cela limite le risque de transporter des spores d’un rosier malade vers un autre via le pulvérisateur ou les vêtements. Entre deux massifs, un rinçage rapide de la lance est un petit geste souvent oublié.
Une liste de vérifications rapides avant de démarrer simplifie la séance :
- Pulvérisateur propre et buses débouchées.
- Météo stable sur les 24 prochaines heures, sans pluie annoncée.
- Équipement de protection prêt (gants, lunettes, masque léger).
- Dosage vérifié sur l’étiquette du produit utilisé.
- Chemin de circulation pensé pour ne pas piétiner deux fois les mêmes zones.
Le nettoyage après usage compte autant que la préparation. Laisser sécher de la bouillie dans un pulvérisateur, c’est s’assurer des buses colmatées à la prochaine séance. Un rinçage à l’eau claire, un démontage rapide de la buse et un passage de petite brosse prolongent la durée de vie de l’outil.
Enfin, la gestion des restes n’est pas à négliger. Les résidus de bouillie bordelaise ne se versent ni dans l’évier ni dans une bouche d’égout. Ils peuvent, à petite échelle, être laissés dans un récipient ouvert le temps que l’eau s’évapore, les boues séchées rejoignant ensuite les déchets ménagers. Au-delà de quelques litres, mieux vaut se rapprocher de la déchetterie pour connaître la filière adaptée.
En traitant la préparation et l’application de la bouillie bordelaise comme un petit chantier bien organisé, la protection des rosiers gagne en régularité, et la quantité de produit utilisée reste sous contrôle.
Utiliser la bouillie bordelaise sans nuire au jardin : limites, alternatives et combinaisons intelligentes
Le débat sur le cuivre revient régulièrement dans les discussions entre jardiniers. Certains l’ont abandonné totalement, d’autres continuent à l’employer dès les premiers signes de maladies. Entre ces deux extrêmes, une voie existe : considérer la bouillie bordelaise comme un outil parmi d’autres, puissant mais à manier avec mesure, et l’entourer de solutions plus douces.
Une ressource à dose contrôlée, pas un réflexe systématique
Les réglementations européennes ont déjà abaissé les quantités de cuivre autorisées en agriculture, notamment pour les productions biologiques. Même si un jardin familial n’est pas contrôlé à ce niveau-là, ces chiffres servent de repère. Sur une surface de 10 m², on peut considérer qu’au-delà de quelques grammes de cuivre pur par an, la pression sur la microfaune du sol commence à se faire sentir.
Cette réalité ne condamne pas la bouillie bordelaise, mais incite à serrer le nombre de passages plutôt qu’à diminuer toujours plus le dosage, ce qui reviendrait à arroser large pour un effet limité. Deux ou trois traitements ciblés dans l’année, concentrés sur les périodes à risque, donnent souvent de meilleurs résultats qu’une série de micropulvérisations étalées sans stratégie claire.
Prêle, ortie, consoude, lait, bicarbonate : les alliés qui réduisent le cuivre
Autour des rosiers, tout un petit écosystème de préparations naturelles peut venir soulager la bouillie bordelaise. La décoction de prêle, riche en silice, renforce les tissus et rend les feuilles moins vulnérables aux attaques fongiques. Une préparation classique consiste à faire bouillir une poignée de prêle séchée dans un litre d’eau, puis à diluer cette décoction à 20 % avant pulvérisation.
Les purins d’ortie et de consoude jouent davantage sur la vigueur générale des plantes. L’ortie apporte azote et oligo-éléments, la consoude met l’accent sur la potasse, utile pour une floraison généreuse. Utilisés en arrosage au pied, ils aident les rosiers à mieux encaisser un stress, qu’il soit climatique ou lié à une attaque de maladies.
L’oïdium répond bien à d’autres produits du quotidien : le lait et le bicarbonate. Un mélange avec 10 % de lait (vache ou chèvre, peu importe) dans l’eau de pulvérisation crée un environnement défavorable au champignon responsable du blanc. Le bicarbonate, lui, modifie le pH à la surface des feuilles. Ces deux leviers ne laissent pas de résidus lourds dans le sol.
Cette palette de solutions permet une répartition plus fine des rôles : la bouillie bordelaise en prévention structurante à quelques moments clés, les extraits de plantes et préparations douces pour l’entretien courant et les petits signaux faibles.
Gestes culturaux : le traitement invisible mais décisif
Avant de sortir le moindre pulvérisateur, les vieux jardiniers jettent souvent un œil critique sur la façon dont le massif a été installé et entretenu. Un rosier très serré entre deux arbustes, planté trop profondément et arrosé par aspersion sur le feuillage, cumule les handicaps. Dans ce cas, la prévention des maladies passe d’abord par un repositionnement ou une taille réfléchie.
Plusieurs gestes simples réduisent drastiquement les risques :
Placer les rosiers dans une zone aérée, pas collés à un mur plein nord. Arroser au pied, sans mouiller le feuillage, surtout en fin de journée. Ramasser régulièrement les feuilles malades tombées au sol au lieu de les laisser se décomposer à proximité immédiate des rosiers. Pratiquer une taille qui favorise une forme en gobelet, laissant l’air circuler au centre du buisson.
Ce travail en amont a un effet parfois spectaculaire. Un jardin où l’on ramasse systématiquement les feuilles marquées par la marsonia à l’automne voit souvent la pression de cette maladie baisser sensiblement l’année suivante. Le compostage doit rester vigilant : les déchets très infectés partent plutôt avec les ordures ménagères que dans le tas de compost qui reviendra au jardin.
Cette logique vaut d’ailleurs pour d’autres espèces sensibles. Sur les arbres d’ornement comme le mûrier platane, les mêmes réflexes d’observation et de nettoyage jouent un rôle clé, comme on peut le voir sur des retours d’expérience détaillés liés aux maladies du mûrier platane. Les rosiers n’échappent pas à cette règle de bon sens.
En combinant bouillie bordelaise mesurée, préparations naturelles et gestes culturaux rigoureux, la lutte contre les maladies du rosier devient moins dépendante d’un seul produit. Le jardin y gagne en équilibre, et les rosiers continuent de fleurir sans imposer une armure chimique permanente.
À partir de quel stade de maladie la bouillie bordelaise n’est plus utile sur un rosier ?
Dès que les feuilles sont fortement couvertes de taches noires, de feutrage blanc ou de pustules orangées, la bouillie bordelaise ne peut plus réparer les dégâts déjà faits. Elle limite seulement la propagation vers les nouvelles pousses. Dans ces situations, la priorité devient de supprimer les parties les plus atteintes (feuilles, jeunes rameaux), de nettoyer le sol au pied du rosier, puis de traiter en prévention le feuillage sain qui va se développer ensuite.
Comment savoir si l’application de bouillie bordelaise a été correctement faite sur un rosier ?
Après séchage, les feuilles doivent présenter un léger voile bleu-vert uniforme, sans grosses gouttes ni coulures au bout des folioles. Si certaines zones du rosier restent totalement vierges de coloration alors que d’autres sont détrempées, la pulvérisation a été inégale. La prochaine fois, il faudra passer plus méthodiquement, en couvrant l’envers des feuilles puis le dessus, à environ 30 à 40 cm de distance, jusqu’à obtenir ce film discret et homogène.
Que faire si un rosier réagit mal après un traitement à la bouillie bordelaise ?
Une réaction excessive se traduit par des brûlures, un jaunissement rapide ou une chute inhabituelle des feuilles dans les jours qui suivent l’application. Dans ce cas, rince le feuillage à l’eau claire lors d’une journée douce pour éliminer une partie des résidus. Ensuite, laisse le rosier se remettre sans aucun autre traitement pendant plusieurs semaines, en surveillant l’arrosage et le paillage. Ce type de réaction indique souvent un dosage trop élevé ou une application par temps trop chaud ou en plein soleil.
Peut-on associer bouillie bordelaise et purin d’ortie sur un même rosier ?
Oui, les deux produits n’ont pas le même rôle. La bouillie bordelaise agit en traitement fongicide de contact pour prévenir les maladies cryptogamiques, tandis que le purin d’ortie sert surtout à stimuler la vigueur et les défenses naturelles du rosier. On peut, par exemple, faire un passage de bouillie bordelaise en fin d’hiver puis, quelques semaines plus tard, apporter du purin d’ortie en arrosage au pied. Il suffit d’éviter de mélanger les deux dans le même pulvérisateur.
